L’appel de la liberté

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Clichy, mon trois pièces comme je l’avais rêvé, le premier, et le seul à cette époque-là, de ma vie de divorcé, celui de ma liberté et de mon autonomie chèrement acquises. Clichy et mon appartement au plancher qui craquait, aux volets qui grinçaient et qui ne cachaient pas tout à fait les lumières de la ville. Et Koumba à la fenêtre de la cuisine qui regardait d’un œil concupiscent deux pigeons se bécoter sur la gouttière de l’immeuble d’en face et qui semblaient le narguer. Koumba qui n’avait jamais connu que la vie confortable de matou d’appartement et qui n’aspirait qu’à une chose : faire vivre ses instincts de prédateur. Koumba derrière la fenêtre de la cuisine aux murs jaunes, triste.

Et Clichy qui embaume l’odeur de ma liberté. Putain de nostalgie qui m’étreint et me serre le gosier. Je n’en peux plus. De quoi ? Je n’en sais même rien. Il faut que je m’aère. Alors je vais au Victor Hugo, l’un de ces vieux rades qu’on croirait tout droit sortis des années 70. Ici, le temps s’est arrêté il y a 30 ans. Deux ou trois habitués sont accoudés au comptoir en formica. Depuis la terrasse où je me suis installé, je les entends refaire le monde.

Je commande une bière, histoire de me trouver une contenance, une attitude pour camoufler cette angoisse sourde qui m’envahit et me donne envie de pleurer. Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse si j’ai le bonheur a posteriori ? C’est quand je ne suis plus quelque part que je comprends à quel point j’y ai été heureux. Je n’étais plus passé à Clichy depuis mon déménagement. J’avais oublié à quel point j’y avais été bien.

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Aujourd’hui, c’est sûr, il est libre, Koumba. Tellement libre qu’il n’est plus jamais rentré à la maison. Aujourd’hui, je ne le vois plus, mais je sais qu’il est heureux. Parce qu’il est libre de vivre sa vie de chat sauvage. Fin de l’histoire. Après trois ans de vie à la campagne, il a choisi l’aventure plutôt que le confort. Et puis bon… On n’a pas idée d’enfermer son chat dans un appartement et de le regarder mater de la chair fraîche toute la journée derrière la fenêtre. C’est cruel.

–          Pardon, s’excuse le serveur en m’apportant ma Pelforth.
–          Pardon de quoi ?
–          J’ai un peu tardé à vous apporter votre commande.
–          Est-ce que j’ai l’air pressé ? Ou mécontent ? Non, alors tout va bien. Je vous dois combien ?
–          3,50
–          Tenez, gardez la monnaie.
–          Merci m’sieur. Aaah, si tous les clients étaient aussi sympas que vous…
–          Oh ben faut pas exagérer, elle est agréable la clientèle ici, non ? Je le connais bien ce quartier, vous savez, j’y ai vécu pendant 4 ans. Je venais ici plusieurs fois par semaine, j’habitais à deux pas.

J’avais à peine terminé ma phrase que le serveur était déjà retourné derrière son comptoir. Pas sûr qu’il ait entendu la moitié de ce que je lui ai dit.

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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