La fille de l’ombre (3) : l’attente

img_4580A peine une heure plus tard, me voilà à Bois-Colombes, à patienter au pied de ma moto, l’air faussement détaché, dans une ruelle à sens unique. Sombre, la ruelle, à peine éclairée par quelques lampadaires qui diffusent une vague lumière jaunâtre. Dans quelle galère me suis-je fourré ? 
Pas âme qui vive. Au loin, sur le trottoir d’en face, j’aperçois une silhouette sortir d’une vieille maison, à la façade en béton brut, coincée entre deux immeubles. Comme une ombre fugace. Est-ce que c’est elle ? La silhouette se retourne, je devine qu’elle ferme la porte de la grille, puis elle se met lentement en mouvement dans ma direction. A cet instant précis, je ne vois qu’un long manteau sombre à capuche qui traîne presque au sol et qui vient vers moi. Je déglutis. J’essaye de trouver une contenance sur ma moto. Soyons désinvolte qu’y disait, n’ayons l’air de rien. De toutes façons, ça ne peut pas être elle. Ca ne colle pas avec l’idée que je m’en fais.
Au fur et à mesure que la silhouette se rapproche, je devine que le manteau est en cuir noir. Il laisse entrevoir des bottes à talons et boucles métalliques qui montent jusque sous les genoux, exactement celles que portent les gothiques. Mais dans quelle putain de galère me suis-je fourré ? 
Si la vision de ce manteau à capuche noire et de ces bottes m’inquiète, je suis en revanche fasciné par la démarche féline, lente et chaloupée de cette ombre qui semble flotter à quelques centimètres au-dessus du sonazgull. Je pense une fraction de seconde aux Nazgûl, ces créatures ignobles qui sèment la terreur dans Le Seigneur des anneaux. Je serre les poings pour chasser cette vilaine vision.
Quelques secondes plus tard, elle change de trottoir pour venir à ma rencontre. C’est sûr : elle est là pour moi. Mais même à 5 mètres, sa capuche m’interdit de voir son visage ni même de deviner sa corpulence. Ce long manteau de cuir m’impressionne. Je ne m’attendais pas à ça. Ca tranche avec la féminité et la douceur de cette main posée sur des draps. Pourvu que ce ne soit pas une dominatrice…
Je me redresse, le cul à moitié posé sur la selle de ma moto, un pied au sol, l’autre sur le bloc-moteur de mon 1300 cm3, une main agrippée au guidon, l’autre négligemment posée sur le cuir de mon pantalon. La suite.
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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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2 commentaires pour La fille de l’ombre (3) : l’attente

  1. On se croirait dans un polar, j’adore !

    Aimé par 1 personne

  2. tantramant dit :

    Il y a un peu de ça, Vagant, oui. Dans le texte comme dans ce que j’ai vécu. Bien noir le polar. Et le pire, c’est ce vieux doute : est-ce que le héros meurt à la fin ?

    J'aime

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