Prends-là par le cul

– Prends-là par le cul, mais prends-là donc par le cul, j’te dis.

C’est en ces termes qu’elle m’invectiva, de cet ordre qui claquait comme autant de lanières d’un martinet savamment agité sur les fesses pourtant déjà rouges d’une soumise. Devant les quelques personnes, triées sur le volet, qui assistaient à la scène, elle prenait son pied en m’humiliant. Et j’en perdais mes moyens. Je n’avais pas signé pour ça. A voir le ton qu’elle prenait avec moi, la peste y prenait du plaisir, elle n’en était pas à son coup d’essai, elle avait de la bouteille, c’était évident. Je la détestais à ce moment précis. Quel culot, quelle sans-gêne ! Mais putain qu’elle était splendide. Perchée sur ses bottes à talons, ses cheveux rejetés en arrière et rassemblés en chignon donnaient à cette femelle d’une quarantaine d’années un air sévère et laissaient voir son cou dans lequel j’avais envie de mordre à pleines dents. Sous la robe en cuir rouge vif qui descendait jusqu’en haut de ses genoux et qui collait à sa peau, je pouvais deviner la rondeur de sa poitrine se soulever lorsqu’elle respirait, ses tétons, libérés de leur prison de textile, s’exposaient avec effronterie, à la limite de l’indécence. J’imaginais le soyeux de son entre-cuisses. Je rêvais de renifler ses effluves, de m’abreuver de son nectar jusqu’à en être ivre.

– Allez, vas-y, montre-moi de quoi tu es capable, me dit-elle en me claquant les fesses. Tu as peur de la casser ou quoi ? Allez, c’est pas une fillette que tu as entre les doigts, là. Mais bon dieu, surtout pas par la gorge, tu veux l’étouffer ou quoi ? Mais ce que tu t’y prends mal mon pauvre garçon… 
En d’autres circonstances, je lui aurais fait voir qui était le patron. Je te l’aurais domptée, cette donneuse d’ordres, histoire de lui rappeler que ça n’est pas qu’en matière d’écriture que le masculin l’emporte toujours sur le féminin… Mais pour l’heure, je n’avais d’autre choix que d’obéir docilement. J’étais pris au piège, acculé. Ravalée ma fierté de mâle, au placard ma dignité d’hidalgo, aux oubliettes mon naturel de dominant. L’espace de quelques secondes, je la maudis de cette splendide assurance qu’elle affichait en public. Une assurance qui confinait à l’arrogance. Et qui me rabaissait au rang de moins que rien, serviteur servile mis à nu et soumis au moindre de ses ordres, condamné à ne pas broncher et à exécuter. Rassemblés en rond et en rangs serrés autour de nous, je sentais le regard de tous ces voyeurs avinés peser sur moi. Ils épiaient le moindre de mes gestes, j’étais à poil devant eux, ce qui leur octroyaient à eux aussi un pouvoir sur moi. Ils attendaient l’issue fatale, inéluctable, ils avaient payé pour voir ça. Des curieux pour la plupart, en mal de sensations et venus ici pour parfaire leur éducation. Et il fallait maintenant que je leur en donne pour leur argent. Campé sur mes deux jambes au milieu de ces mateurs, je perdais de mon assurance. Une main sur son ventre, l’autre sur son épaule, j’essayais tant bien que mal de faire bonne figure.

– Lâche le corps et prends-là par le cul, j’te dis. Y’a que ça de vrai ! Il est là pour ça, il n’attend que ça, tu le vois bien non ? Ca lui fera pas de mal d’être prise comme ça. Allez, vas-y, culbute la mignonnette et enfonce bien ton pouce, tu vois, ça vient tout seul ! Merde, c’est quand même autrement plus classieux de servir un Dom Pérignon de cette façon, non ?

NB : cul, culot, gorge, jambe, ventre, épaule, fillette et mignonnette sont des termes oenologiques. A quoi t’attendais-tu, petit cochon de lecteur ?

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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Un commentaire pour Prends-là par le cul

  1. GreenLullaby dit :

    Très réussi ! Quant au Dom Pérignon, rien que ça…. je vois que Monsieur sait jouir en grande pompe des plaisirs de la vie…

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