Le goûter (3)

Dimanche 30 novembre, 16h28.
Ce sont les coups à la porte d’entrée qui l’arrachèrent à sa rêverie. Il n’était plus temps de penser au passé. Le présent frappait à la porte. Ils étaient là. Du fond du couloir, des bribes de conversation parvenaient jusqu’à elle. Des échanges de civilité, des rires, des bises qui claquaient. Et elle, elle était plantée là, dans le salon, nue, tremblante sur ses talons aiguille. Elle s’apprêtait à faire le service pour ce couple que le maître des lieux recevait en cette belle après-midi d’automne. Elle n’avait jamais fait ça.
Lorsqu’ils entrèrent tous les trois, elle leur adressa un Bonjour madame, bonjour monsieur qu’elle espérait chaleureux et professionnel, mais qui trahissait son appréhension et sa nervosité.
A ses civilités, elle ne reçut aucune réponse. Un sourire aux lèvres, les invités la toisèrent de la tête aux pieds, nullement surpris de la voir dans pareille tenue, comme si c’était tout ce qu’il y a de plus normal, et sans juger utile de répondre à ses politesses. Pire, ils parlèrent d’elle à la troisième personne, comme si elle n’était pas là, comme si c’était… un meuble. C’est ça, elle était un meuble dont ils commentaient le design, les formes, les couleurs, elle faisait partie du décor. Ou du menu.
– Cette domestique met parfaitement ton appartement en valeur, mon cher, lâcha la belle blonde.
Merci Valérie. Vous voudrez d’ailleurs bien pardonner ses maladresses, elle est encore en apprentissage. Elle est en service, et cet après-midi, elle est entièrement dédiée à notre agrément. N’est-ce pas Julie ?
– Oui monsieur.

Valérie était une belle femme au caractère affirmé, une trentenaire aux penchants bisexuels parfaitement assumés. Elle regardait la « domestique » d’un oeil gourmand en se demandant déjà à quelle sauce elle avait envie de la dévorer. Photographe émérite, elle avait un talent particulier pour saisir les moments fugaces, les instants d’éternité et jouer avec les distances de focales. Son compagnon de toujours, Pierre, un très bel homme dans la force de ses 45 ans, cheveux poivre et sel courts, dégageait beaucoup d’élégance et de prestance. Son sourire carnassier devait lu valoir un franc succès auprès des femmes. A eux deux, ils formaient un couple harmonieux dont la complicité et le goût du jeu sautaient aux yeux pour qui savait bien regarder.
– Julie, débarrasse donc mes invités de leur manteau, tu veux bien ?
Trop contente de quitter enfin sa posture immobile, Julie s’approcha de Valérie, qui lui tourna le dos pour lui permettre de retirer son manteau. Une fois fait, Valérie se mit face à la domestique :
Ote mon écharpe, lui ordonna-t-elle.
Et plus lentement que tu ne l’as fait avec le manteau, renchérit le maître des lieux sur un ton qui trahissait un léger reproche.
Nerveuse, Julie dénoua la longue écharpe rouge en mohair que Valérie portait autour de son cou, avant de la faire glisser sur ses épaules, dévoilant un chemisier en mousseline de couleur crème suffisamment transparent pour laisser entrevoir sa poitrine, un serre-taille en cuir et un décolleté à faire se damner un saint. Elle ne portait pas de soutien-gorge, elle n’en avait pas besoin pour tenir sa poitrine haute, et le contact du tissu suffisait à faire pointer ses tétons. Pierre et Valérie avaient traversé Paris en scooter et avaient sous-estimé l’intensité du froid de cette fin d’automne. En vérité, Valérie était aussi transie.
– Je te l’ai dit, Julie est là pour notre agrément. Sers-toi de sa chaleur pour te réchauffer les mains.
Dans un sourire, Valérie attrapa les hanches de Julie de ses mains glacées.
– Tu n’y songes pas, j’ai les mains abominablement glacées. Puis, sans se soucier que le froid lui fut désagréable, elle remonta lentement le long de ses côtes en la regardant droit dans les yeux.
– hmmmm, ça fait du bien, c’est vrai qu’elle a le corps très chaud, cette petite. Julie tremblait. Et la peau vraiment très douce. Oh, comme c’est amusant : elle frissonne. C’est vrai que c’est agréable de se servir.
Julie tremblait de la tête aux pieds. Le choc thermique, mais aussi l’incongruité de la situation dans laquelle elle était, livrée aux regards de ces inconnus, la faisaient trembler de toutes parts. Mais ça n’était pas aussi désagréable qu’elle le craignait. Elle commençait à tenir son rôle, à jauger les invités. Elle sentait de la bienveillance chez eux, et un goût prononcé pour le jeu. Jusqu’ici, elle n’avait pas entrevu l’ombre d’un jugement dans leur regard. La situation les amusait, elle le sentait bien, mais à aucun moment ils ne l’avaient moquée.
Valérie retira ses mains et s’installa dans le canapé. Julie s’approcha ensuite de Pierre, qui n’avait rien raté de la scène. Ayant manifestement saisi le reproche de son maître, c’est sans se précipiter qu’elle défit un à un les boutons de son trois quarts en cuir noir.
– Elle apprend vite, remarqua Pierre.
– Oui, elle fait preuve d’une remarquable bonne volonté. Elle est docile, malléable, l’esprit vif, et beaucoup de tenue.
– Et un port de tête remarquable, ajouta Valérie.
– Ah ça ! Rien de tel que la danse classique pour vous forger une allure.
Julie en profita pour se laisser envahir par les tonalités musquées du parfum de Pierre. Décidément, cet homme dégageait beaucoup de charme. Elle retira son lourd blouson en prenant soin d’apprécier la robustesse et la largeur de ses épaules. Les doigts de Pierre étaient aussi froids que ceux de sa compagne. Elle s’en aperçu lorsque, sans crier gare et à sa plus grande surprise, son majeur et son annulaire s’enfoncèrent d’autorité dans son intimité, faisant redoubler d’intensité les tremblements de ses jambes. Pliés en U, ils s’agitaient avec une atroce lenteur à l’intérieur d’elle qui, honteuse et accrochée à ses épaules, se sentait couler sous ses doigts. Il lui souriait. Elle était au bord d’un violent orgasme mais de manière tout aussi inattendue, il se retira et apprécia pleinement le regard de Julie qui, stupéfaite, semblait le supplier d’y retourner. Il ne pouvait pas la laisser dans cet état. Pas maintenant, pas si près de son plaisir.
– Tu peux aller ranger les manteaux, maintenant. Et tu seras gentille de mettre le thé à chauffer. Pour l’heure, c’est elle qui bouillait. De rage. Elle avait besoin d’éteindre le feu qu’il avait allumé en elle. La voix du maître des lieux résonnait comme une punition. Pourtant, elle crut déceler de la fierté dans ses intonations.
Il attendit qu’elle ait passé la porte pour lui dire :
– Ah, tant que j’y suis, Julie…
– Monsieur ?, répondit-elle en tournant la tête vers lui.
– Tu en profiteras également pour éponger le sol. Je ne voudrais pas que mon parquet se mette à gondoler.
Elle prit le couloir sans dire un mot. Vite, la suite.

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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3 commentaires pour Le goûter (3)

  1. Nous sommes suspendus à ton récit !

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  2. tantramant dit :

    J’espère que je serai à la hauteur de vos attentes.

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  3. GreenLullaby dit :

    J’attends moi aussi l’épisode 4…

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