Koumba, où la séparation n’existe pas

Koumba faisait partie de la dernière portée de Nana, la chatte d’un couple de thérapeutes avec qui j’ai fait mes premiers pas dans le tantra, et qui, depuis, sont devenus mes amis.
Cette année-là, en 2003, Nana a eu 7 chatons.
Fraîchement divorcé, j’y ai vu une opportunité comme une autre de combler mes envies de câlins. J’avais passé mon enfance avec des chats, ils avaient marqué ma vie et j’avais envie de partager de nouveau mon quotidien avec l’un d’eux.
téléchargementAlors j’ai décidé d’en prendre un. Je me souviendrai toute ma vie qu’en réalité, c’est lui, avec son collier en coton orange, qui s’est approché de moi et qui m’a choisi.
Il avait à peine trois ou quatre mois.
Le jour où je suis allé le chercher, après qu’il a achevé son sevrage, Diane et Patrick m’ont raconté que Koumba avait passé toute l’après-midi à l’écart de sa mère et de ses frères et soeurs. Alors que pendant 4 mois il était fourré avec ses frères et soeurs et sa mère, cette après-midi-là, il s’était isolé du groupe, comme s’il pressentait que c’était Le grand jour.
Nous avons passé deux ans dans mon appartement de Clichy. Et puis il a découvert la vie à la campagne quand j’ai choisi d’emménager avec Sylvie dans sa maison. Ses premiers pas dans l’herbe trop grande du jardin, qui lui chatouillait le ventre, étaient à mourir de rire. Il avait tous ses sens à l’affût, bondissait pour un rien, semblait s’émerveiller des odeurs d’arbre, de terre, et, déjà, devenait fou devant ces drôles de bestioles qui avaient apprivoisé les airs, semblant le narguer.
Koumba s’est habitué aux lieux pour rapidement se les accaparer et devenir le “chef” du coin.
Et quand nous avons déménagé quatre ans plus tard à peine quelques centaines de mètres plus loin dans une autre maison, impossible pour lui de s’habituer aux nouveaux lieux. Il s’est enfui.
J’ai attendu 10 jours avant de partir à sa recherche. A l’époque, j’avais un vétérinaire un peu spécial, surdiplômé, passionné par les dauphins et dont la compagne était médium et communicatrice animalière. Elle me dit de but en blanc que mon chat était vivant, qu’elle le voyait comme un petit chevalier, et que si je voulais le retrouver, il fallait que je fasse travailler ma télépathie. Mais c’est que je n’avais jamais fait ça moi…

Koumba– C’est très simple, me dit-elle, tu profites d’un moment où tu es au calme, et tu t’adresses à lui mentalement. Et tu lui fixes un rdv en nommant clairement le lieu et l’heure.
Je m’exécutai quelques jours plus tard et lui fixai rendez-vous en un certain endroit, à une certaine heure, et à ma grande surprise, il était là.
J’en avais été ému aux larmes. Il était au rendez-vous. Amaigri, mais là.
Je l’ai alors récupéré, dans l’espoir qu’il comprendrait que sa nouvelle maison avait changé de place. Mais c’était en réalité à moi de comprendre autre chose.
Je l’ai enfermé dans la maison pendant trois semaines dans l’espoir qu’il s’acclimate aux nouveaux lieux.

Je faisais attention que personne ne sorte sans fermer la porte, je demandais à ce que chacun dans cette maison veille à ce que Koumba ne sorte pas, que les fenêtres restent bien fermées.
Avec quatre enfants à la maison, autant dire que c’est vite devenu invivable.
D’autant que pendant trois semaines il a fait des dégâts dans la maison, il faisait pipi partout où il pouvait.
Mais je ne voulais rien entendre.
Au bout de trois semaines, à mon grand désarroi, Koumba s’est à nouveau enfui.
Je me suis dit que cette fois, il reviendrait, qu’il avait compris.
Au bout de 10 jours, ne voyant rien arriver, je lui ai de nouveau donné rendez-vous pour le récupérer, je ne voulais pas que nous soyons séparés.
Je suis alors parti le rechercher une seconde fois en utilisant le même stratagème.
Je pensais qu’il était perdu, qu’il ne trouvait plus le chemin de la nouvelle maison (pourtant il trouvait parfaitement le chemin pour retourner là où il avait découvert la campagne).
Ce petit manège a ainsi recommencé 3 fois, 4 fois, 5 fois.
Et puis un matin, non, un début d’après-midi, après déjeuner, c’était un de ces après-midi où l’été pointe enfin le bout de son nez, qu’on sort les transats et qu’on commence à savourer la chaleur du soleil sur nos peaux, j’ai lâché prise.
Je me suis assis dans le transat, j’ai pris Koumba sur mes genoux (il adorait se vautrer de tout son poids sur moi), je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit que je ne viendrais plus le rechercher, que j’avais compris son choix.
J’adorais passer ma main dans ses poils, le caresser à rebrousse poils, lui gratter la panse.
J’adorais sa densité, son épaisseur, sa carrure, sa prestance.
Je me suis endormi pour faire une sieste, avec Koumba affalé sur mon ventre. Le soleil de juillet me réchauffait la peau, je l’entendais ronronner.
Lorsque je me suis réveillé, il était parti.
Bien sûr, ça m’a dévasté le coeur. Mais j’avais compris qu’il avait conquis son territoire là-bas, quelques centaines de mètres en contre bas. Et que je n’y pouvais rien.
J’avais compris qu’il était libre, qu’il ne m’appartenait pas. Je lui offrais un foyer accueillant, des maîtres aimants, des câlins à profusion, je lui offrais la sécurité, mais lui voulait la liberté. A n’importe quel prix.

Je me suis souvenu de Koumba, à la fenêtre de mon appartement de Clichy, avant qu’il ne découvre la vie dans la nature. Koumba à la fenêtre de la cuisine, qui regardait en miaulant deux pigeons qui se bécotaient sur un fil électrique à l’extérieur. Koumba qui n’avait connu que la vie en appartement et qui rêvait de savoir ce qui se passait à l’extérieur.

Pendant deux ans, je me suis demandé ce qu’il était devenu, s’il était heureux, s’il était seulement encore en vie.
Parfois, souvent, je culpabilisais de l’avoir “abandonné”. Je recevais bien des messages en rêve me disant qu’il était heureux, que j’avais fait le bon choix, mais je n’y croyais pas.

koumba2Pendant deux ans, quand je lui donnais rendez-vous, il ne répondait plus à mes appels. J’avais beau me dire que ce que j’avais fait était juste, que je lui avais rendu sa liberté, j’avais des doutes. Je me disais qu’il était sans doute heureux. Sans doute… Repasser dans son quartier me déchirait gentiment le coeur, jusqu’à ce que ça fasse de moins en moins mal à force d’y passer.
Je m’étais habitué à l’idée qu’il était là, quelque part.

Je me raccrochais à ce que m’avait partagé cette communicatrice animalière, que Koumba partait en quête d’aventures dans les parages, qu’il était heureux, à sa place. Alors ça m’a conforté dans la décision de l’avoir lâché.
Et puis deux ans plus tard, en décembre 2009, j’ai déménagé. Sylvie et moi avons décidé de vivre de nouveau séparément, convaincus que la seule chance qu’il nous restait alors de vivre une relation réellement nourrissante et vivante était de reprendre notre « indépendance ». J’ai choisi de prendre un appartement près de Versailles, à plus de 70 km de l’ancienne maison que nous partagions ensemble. Je me rapprochais ainsi de mes enfants et de Paris, où j’aurais plus de chance de retrouver du travail.
Et puis un matin d’avril, précisément le jour de mon anniversaire, je me suis rendu “par hasard” dans notre ancienne maison pour y récupérer des affaires qui traînaient dans le garage. En partant, j’emprunte le chemin qui mène au “quartier” de Koumba.
Et là… à ma plus grande surprise, qui je vois devant l’entrée d’une maison ?

Koumba !

Je descends de voiture, je l’appelle et tout de suite il miaule.
Je m’approche de lui, il vient se frotter contre mes jambes en ronronnant.
Il est en parfaite santé, apparemment bien nourri, plus costaud que jamais.
Je le prends dans mes bras, je le caresse, je lui fait des papouilles, comme on faisait avant, je murmure son nom. Je suis ému aux larmes, mon coeur explose de gratitude, de joie, d’émerveillement.
Nous sommes restés quelques longues minutes ensemble.
La tentation était très grande de l’embarquer avec moi.
Mais il m’a parlé”. Je l’entendais qui me disait : Tu as fait le bon choix en me laissant partir. Je suis là. Merci de m’avoir laissé partir. Merci. Mais tu devrais faire plus confiance quand je t’envoie des messages. Souviens-toi que la séparation n’existe pas.
La séparation n’existe pas. Fais confiance à ce que tu ressens dans ton coeur.

J’ai été tenté de l’embarquer avec moi. Après tout, c’était peut-être un signe qu’il voulait partir avec moi. Alors je l’ai regardé et je lui ai dit : “Koumba, je vais reculer jusqu’à la voiture. Si tu fais un pas vers moi, un seul pas, je considérerai que c’est ta façon de me dire que tu veux bien partir avec moi.”
J’ai reculé d’une dizaine de pas jusqu’à ma voiture et il est resté assis, immobile comme une statue, à me regarder m’éloigner. Alors je suis revenu vers lui, je l’ai serré fort contre moi une dernière fois et je suis parti, les yeux remplis de larmes et le coeur rempli de gratitude pour la leçon que ce maître m’avait offerte..

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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5 commentaires pour Koumba, où la séparation n’existe pas

  1. plumedenvies dit :

    Je n’étais pas venue ici pour lire ce genre de textes et puis… j’ai été séduite.

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  2. Amant des Sens dit :

    Juste « merci »…. La frimousse de Koumba est le portrait craché du mien… J’ai la chance de l’avoir toujours… mais vos mots m’ont cruellement fait penser qu’il ne serait pas toujours là… et « putain… ben, ça me fait chier »….

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