Réactions en chaîne (épisode 3)

Enfin, elle était arrivée. Le cinquième élément de cette folle soirée. Le chaînon manquant. Désormais, toutes les pièces du puzzle étaient réunies. Il ne restait plus qu’à les agencer, les mettre en place dans une danse précise, lente et sacrée.
Enchaîné, contraint, canalisé, le féminin allait pouvoir donner sa pleine mesure et se déchaîner dans un tourbillon à l’intérieur duquel, désormais, il se trouvait. Il ne le savait pas encore, mais il se situait dans l’exact centre d’un gigantesque cyclone. Quand on se trouve dans l’oeil du cyclone, la météo est calme, on peut voir le ciel bleu, les vents sont apaisés. Mais il allait bientôt découvrir pourquoi c’est systématiquement un nom de femme que l’on donne aux ouragans.

Sido porte la cinquantaine svelte et élégante, elle a l’allure et la classe de ces femmes bourgeoises qui avaient osé, un jour, faire voler en éclat le cocon rassurant et sécurisant de leur environnement cossu pour se révéler à elles-mêmes. Ce qu’elle avait perdu en sécurité et train de vie, elle l’avait gagné en liberté et indépendance d’esprit. Ses audaces avaient fait d’elle une femme atypique, attirante et terriblement désirable.
Libertine assumée, elle est pourtant loin d’être rompue à toutes les dépravations et a su garder une vraie fraîcheur et sa capacité d’émerveillement intacte. Elle s’est découverte, elle s’est révélée dans le sexe. Dans les clubs libertins d’abord, dans les soirées privées plus tard, elle se sent comme chez elle. Elle prend un plaisir fou à réfléchir, plusieurs heures avant de sortir, aux tenues qu’elle va porter, elle jubile de s’apprêter, s’emploie avec délice à être outrageusement féminine, à revêtir porte-jarretelles, bas couture ou résille, serre-taille et autres délices de dentelle. L’idée de se pointer quasiment nue dans une soirée où elle ne connait personne lui procure un sentiment de liberté proprement grisant, fait monter en flèche sa confiance en elle. Et sa libido. Sido est une belle femme.
Elle est également de ces créatures qui s’épanouissent sous la contrainte. Elle aime mâle ses amants. Elle les aime très mâles. Et si, en plus, ils exercent sur elle un soupçon bien dosé de domination, c’est pour elle l’assurance d’orgasmes aussi intenses que liquides. Bien utilisée, elle peut même partir dans des transes orgasmiques impressionnantes. Il émane d’elle un parfum d’indécence, une aura de sensualité qui n’appartient qu’à elle et qui est propice à enflammer une soirée. Elle a en outre cette fêlure, qu’ont certains êtres, qui permet de laisser passer la lumière.
Pourtant, ces derniers temps, tout n’avait pas été rose dans la vie de Sido. Elle avait pris cher, très cher, mais pas du tout comme elle l’aimait. La résultante était qu’après une période d’abattement et de prostration indispensable à sa reconstruction, elle remettait doucement le pied à l’étrier. En guerrière qu’elle était, elle avait fait le choix de la vie, vaille que vaille. Et, plus que jamais, elle avait envie de tendresse, de douceur. Et d’amour. Plus rien sans une parcelle d’amour.

Elle ne comptait plus les soirées surprise que son amant lui avait organisées. Ces deux-là se connaissaient bien. Plus que quiconque, elle était rodée à ses mises en scène. Pourtant, quelque chose dans son ventre l’avait avertie que celle-ci serait spéciale. Comme souvent, elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait (comme souvent, elle en concevait une excitation particulière). Ce soir-là, son coeur, lui, pressentait ce que son amant lui avait concocté.
C’est lui qui l’accueillit. Sans qu’il fut nécessaire qu’il lui dise quoi que ce soit, elle se dirigea dans sa chambre pour se dévêtir. Il ne se lassait pas d’admirer la grâce de ses courbes, la tenue parfaite de ses seins, qu’elle avait petits mais très sensibles. Elle était, comme à son habitude, perchée sur des talons qui mettaient en valeur la finesse et la longueur à n’en plus finir de ses jambes. Cette femme était une pouliche. Une pouliche racée, précieuse, sauvage. Il posa sur ses grands yeux bleus le bandeau en soie noir qu’elle connaissait si bien et la prit par la main pour traverser le long couloir qui menait au salon. Il lui intima l’ordre de poser les deux mains sur la porte fermée. Il habilla ensuite son cou du collier de cuir dont les paillettes de strass dessinaient les lettres S L A V E qu’il avait l’habitude de lui faire porter. Il prit ensuite une paire de bracelets en cuir équipés de mousquetons qu’il ajusta fermement à ses poignets. Elle ne savait que trop bien ce que ça signifiait. Il était en mode féroce. Puis il l’embrassa tendrement. Parce que c’était surtout de ça dont il était question.
Une musique lente, chaude et envoûtante parvenait du salon. Sido reconnut sans peine le son rauque et grave caractéristique d’un didgeridoo, accompagné de chants harmoniques lancinants. Derrière cette musique de fond, elle pouvait maintenant entendre des bruits de chaîne et le claquement caractéristique d’une main lorsqu’elle s’abat sur une croupe. Quelqu’un, une femme, à en juger par les couinements aigus, était de toute évidence en train d’être fessée, et, à en juger par les gémissements qui parvenaient à ses oreilles, elle y prenait manifestement un violent plaisir. Sido ne connaissait que trop bien les délices paradoxaux liés à cette pratique. Elle imaginait cette femme à quatre pattes sur la table basse du salon, peut-être attachée aux poignets et aux chevilles, comme ç’avait souvent été son cas, en train de subir une correction savamment dosée. Aussi, lorsque la porte du salon s’ouvrit sans qu’elle s’y attende, elle ressentit de la frustration d’être privée de la vue.
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Une odeur d’encens parvint jusqu’à elle. La musique était maintenant plus audible, les gémissements, puis bientôt les cris, aussi. Il faisait chaud dans la pièce.
Avance de trois pas, lui demanda son amant. Elle obéit. La porte se referma derrière elle. D’instinct, elle joignit ses mains dans son dos. Il l’avait bien dressée. Elle connaissait par coeur le protocole de leurs soirées, elle le vivait. Il attacha ses mains ensemble à l’aide des mousquetons et les positionna plus haut, presqu’au milieu de son dos.
Les claquements de la fessée avaient cessé. Les cris aussi. Le tintement des chaînes se fit plus rare jusqu’à s’arrêter complètement. Seules les enceintes continuaient à émaner les sons archaïques des harmoniques envoûtantes et des chants ethniques et hypnotiques. Elle s’imaginait plongée au coeur de l’Amazonie dans une tribu d’indiens Shipibo pendant un rituel secret. Des images lui venaient : une forêt à la végétation dense et luxuriante, des indigènes animistes, ou cannibales, dansant et criant autour d’un feu, ou d’un pilori, invoquant quelqu’esprit guérisseur ou maléfique, les cris stridents d’animaux exotiques et dangereux, une rivière coulant à gros bouillons, des cascades, des vasques naturelles dans lesquelles on pouvait plonger… Vite, la suite.

 

 

 

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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