Réactions en chaîne (épisode 4)

Lorsqu’il les vit toutes les deux dans la même pièce, il fut soudain pris d’un doute aussi soudain que violent. Ca n’était peut-être pas une si bonne idée que ça de réunir deux femmes qu’il aimait tant. Pourtant, il avait plus souvent qu’à son tour reçu le cadeau de ce genre de configuration. Et la toute première fois qu’il avait fait l’amour avec deux femmes, c’était d’ailleurs avec deux partenaires dont il était profondément amoureux. A l’époque, il considérait ce genre d’expérience comme totalement irréalisable et à la limite de l’indécence et de la « bonne morale ». Il s’en souvenait comme s’il l’avait vécu hier. C’était il y a pourtant plus de 12 ans. Et depuis, la bonne morale, il lui avait tordu le cou jusqu’à lui faire expirer son dernier souffle. Il lui avait offert un enterrement de première classe à grands coups de rencontres amoureuses non exclusives. A la fidélité, il préférait la loyauté. Au respect de la bonne morale, il privilégiait celui de ses envies. Action. 16 années durant, il avait été fidèle à sa première partenaire sexuelle, la mère de ses enfants, qu’il avait épousée. Pour la vie. 16 ans sans un seul coup de canif au contrat. Mais avec, très tôt, l’envie, chevillée au ventre, de savoir ce que ça ferait que de faire l’amour avec une autre femme que la sienne. Pas parce que c’était déplaisant avec elle, mais simplement parce qu’il ne l’avait jamais fait. 16 années durant, à l’époque la moitié de sa vie, il s’était interdit de croire que l’herbe serait peut-être plus verte ailleurs. Alors lorsqu’elle choisit de le quitter, réaction, il décida de cesser d’être gentil, ou « bien sous tout rapports », pour enfin devenir vrai. Vivre enfin ses envies plutôt que de lutter contre elles.
Pour autant, il n’avait pas fait le deuil de l’amour. Aujourd’hui, 12 ans après sa première séparation, fort des expériences qu’il avait vécues, il savait son cœur assez grand pour aimer plusieurs personnes en même temps. En même temps, mais jamais dans la même pièce…
Et c’est cet enchaînement de causes et de conséquences, de frustrations et d’envies, de désirs et d’amours qui le conduisaient aujourd’hui, tant d’années plus tard, dans le salon de son appartement, Julie enchaînée, Sido menottée, Valérie et Philippe témoins de cette réunion de haute-voltige. S’il pouvait aimer plusieurs femmes en même temps, n’était-il pas en train de malmener l’amour que ces deux femmes lui portaient en voulant à tout prix les faire se rencontrer ? Surtout dans ces circonstances ?
Il savait qu’il avait affaire à deux personnalités bien trempées. Lorsqu’il avait rencontré Julie, action, il avait prévenu Sido, sans prendre de précautions particulières, qu’il était tombé amoureux. Pour avoir souvent évoqué avec elle le polyamour et la possibilité de vivre une authentique relation à trois, il savait que Sido portait aussi en elle cette aspiration un rien utopique. Mais apprécierait-elle de se retrouver en face de celle qui faisait bander le coeur de son amant ? Réaction. D’autant que toute libertine qu’elle était, elle avait été ébranlée par l’annonce de ce coup de foudre. Une femme amoureuse le serait à moins. Comme toute femme amoureuse, elle voulait être au mieux l’Unique, au pire la Préférée. Sauf que ce soir-là, elles étaient deux à avoir cette envie, chevillée aux tripes et surtout, au coeur.
De son côté, Julie était également amoureuse de lui, même si elle savait qu’une libertine était déjà dans le coeur de son maître depuis plus de deux ans. Mais comment vivrait-elle de se retrouver dans une situation qu’elle n’avait pas choisie ? Comment réagirait-elle face à cette femme dont il lui avait parlé, et qui avait aussi les faveurs de son coeur ? Et si le courant ne passait pas entre elles ? Et si elles se sentaient en concurrence, en rivalité ? Lui, il savait les goûts de Sido en matière de femmes. Elle les aimait fines et brunes. C’était comme ça. Elle n’avait d’ailleurs jamais compris pourquoi le courant passait si difficilement avec des blondes. Elle ne l’avait jamais compris, et elle s’en moquait comme de son premier amant. C’était comme ça. Sur le papier, en théorie, Julie devrait donc plaire à Sido. En théorie. Quant à Julie, si elle avait déjà eu l’occasion de goûter aux plaisirs saphiques avec Valérie, Sido serait-elle à son goût ?
Il les observait toutes les deux dans la même pièce, et venait de réaliser que dans cette histoire, il était un peu comme un éléphant qui marcherait sur des œufs : le risque de faire une grosse omelette ne tenait pas de la simple hypothèse, il était inévitable. Action. Réaction. Mais il était trop tard pour faire machine arrière. Dans son salon trônait un hydre. Un hydre de la plus redoutable des espèces : un hydre à deux têtes. L’observateur neutre pourrait croire que, dépourvu de ses sept têtes traditionnelles, le serpent serait moins dangereux. Mais il se tromperait : c’était une femelle. Et la plus redoutable de toutes : une femelle amoureuse.

En voyant Sido et Julie, le maître des lieux venait de prendre conscience que c’est surtout avec lui-même qu’il avait rendez-vous. Il faisait face à ses convictions profondes, il se confrontait à ses désirs utopiques et à son intuition, qui lui avait soufflé que oui, cette rencontre pouvait être magique, que oui, cette soirée portait en elle un potentiel érotique, sensuel, amoureux tout simplement hors-normes, colossal, explosif. Dans son salon : deux femmes amoureuses du même homme, réunies à leur insu par l’objet même de leurs désirs amoureux. Autrement dit : une bombe atomique. Il venait d’en allumer la mèche, courte, et il la regardait se consumer en espérant qu’elle n’exploserait pas sans faire trop de dégâts. Il la regardait benoîtement. Lorsqu’ils bandent très fort, les hommes perdent en intelligence et en capacité d’analyse ce qu’ils gagnent en vigueur et en puissance. Ca n’est pas qu’ils soient idiots ou méchants, c’est juste que tout le sang descend dans leur pénis au détriment du cerveau . C’est pour ça que c’est seulement après qu’ils réfléchissent.
A cet instant, il appréciait vraiment la présence de Valérie et de Philippe. Il pouvait se reposer sur eux, leur présence ferait peut-être diversion. Mais il savait que de toutes façons, à un moment ou un autre, il devrait se retrouver seul face à elles… Et la perspective d’avoir à peut-être faire passer la pilule à l’une ou l’autre de ses amoureuses le mettait mal à l’aise. Il les connaissait toutes les deux pour être leur amant, il savait qu’il y avait une grande chance pour que, physiquement, elles s’entendent à merveille. Mais, désormais, le chemin qu’elles devraient faire l’une comme l’autre, personne ne pourrait le faire à leur place. Vite, la suite.

 

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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