Rendre gorge, acte III

Elle était là, plantée devant lui, perchée, à sa demande, sur des talons aiguille, portait des bas couture, un serre-taille noir qui faisait office de porte-jarretelles, et exhibait une poitrine parfaite dépouillée de sa prison de dentelle. Les deux mains jointes dans le dos, elle lui faisait penser à une enfant qui sait qu’elle a fait une bêtise et qui se trouve toute penaude.
Tournez-vous, lui ordonna-t-il, joignant le geste à la parole, faisant tourner son index sur lui-même. Elle obtempéra.
Il prenait la mesure de cette féline qui avait eu l’audace, ou l’inconscience, de venir dans son antre, et qui maintenant lui présentait son cul. Elle avait un corps fin, des hanches parfaites, une peau qui semblait douce à se damner, des seins dressés, en forme de pomme, un rouge à lèvres rouge et un port de tête altier. Cette femelle avait beaucoup d’allure. Et manifestement aucun complexe d’être ainsi dévêtue.
Vos mains le long du corps s’il vous plait. Jointes dans le dos au niveau des fesses, elles l’empêchaient de savourer la rondeur de sa croupe. Là encore, elle obéit sans sourciller, amusée par le jeu auquel ils se livraient. Il s’approcha d’elle à pas lents et mesurés, d’un air détaché, contrôlant parfaitement la situation et savourant la tension qui s’était installée entre eux. Il avait terriblement envie de la prendre dans ses bras, de lui dire à quel point elle était belle, qu’il était ravi de la rencontrer et que ce jeu du maître et de la soumise lui coûtait autant à lui qu’il devait lui coûter à elle. Parce que ça n’était pas sa nature profonde d’être aussi distant et froid. Il était empathique et foncièrement bienveillant. Mais son goût prononcé du jeu l’emmenait sur des terrains qu’il découvrait en même temps qu’il les explorait. Chacun joue des rôles dans sa vie. Untel se prend pour un libertin, un père de famille ou un grand professionnel, un autre pour un thérapeute, une coiffeuse ou un musicien. Le risque, c’est de se prendre vraiment pour le rôle qu’on endosse. C’est souvent là que ça se complique : quand on se prend pour le costume qu’on enfile. Mais à cet instant précis, il fallait tenir le rôle coûte que coûte. Encore un peu.
Il s’arrêta à quelques cm derrière elle, sans la toucher, une main de nouveau dans sa poche, l’autre tenant la flûte de champagne, et renifla à pleines narines le parfum de sa nuque. Il fourra ensuite son nez dans ses cheveux bouclés et les respira comme un œnologue apprécie les effluves d’un verre de vin pendant une séance de dégustation. Il recula de quelques pas pour mieux admirer sa croupe, en apprécier la cambrure,  le galbe, la longueur de ses jambes et sa façon de se tenir debout. Dire qu’elle était à son goût était un doux euphémisme. Elle était somptueuse.

Il se dirigea vers la chaîne hi-fi et enclencha le CD qu’il avait préparé. Les sons graves d’un didgeridoo se mirent à résonner dans la pièce, ajoutant une atmosphère tribale à leur rencontre. Il se repositionna à quelques cm derrière elle et posa son verre glacé sur la pointe de ses seins. Tout son corps se raidit en même temps que ses tétons durcissaient sous l’effet du froid. Il passa sa main dans sa crinière et referma son poing sur ses cheveux frisés. Ainsi tenue, comme un chaton que sa mère attrape par la nuque, elle ne bougeait plus. Elle laissa échapper des mouvements saccadés de son bassin, qui trahissaient une violente excitation. Evidemment, ça ne lui échappa pas. Il avait remarqué qu’une partie de son corps réagissait violemment à ses attouchements. Il n’avait pas encore identifié avec précision cet endroit. Alors il posa son verre au sol et mit ses deux mains sur ses trapèzes en appuyant fermement ses pouces. Elle se cambra illico en poussant pour la première fois des petits gémissements. Il avait trouvé l’une des clés de son plaisir. Face à la terra incognita de son corps, il se faisait l’effet d’un Christophe Colomb qui aurait accosté sur les rivages de la future Amérique. Comme un gamin qui découvre un nouveau jouet, il s’amusa quelques instants avec cette étonnante zone érogène. Il effleura d’autres parties de son corps, toujours planté derrière elle, pour explorer la cartographie de ses courbes. Et nul autre endroit que ses épaules n’était à ce point aussi sensible. A chaque fois qu’il plantait ses pouces dans ses trapèzes et dans son cou, elle couinait en même temps que tout le haut de son corps était parcouru de spasmes. Il serra alors son cou à deux mains, doucement d’abord, plus fermement ensuite, et elle lâcha un « Ouiiiiiiiiii » qui lui confirma ce qu’il pressentait. A son « ouiiiiiiii », il opposa un « chtttttttt ». Ainsi donc, l’une des portes d’entrée de cette femme, c’était son cou… Il nota sa précieuse découverte dans un petit coin de sa tête et reprit son verre de champagne. Il fit courir ses doigts le long de sa colonne vertébrale et enfonça son majeur et son annulaire dans son anus qui était des plus dilaté. Valérie lui avait appris qu’elle raffolait de la sodomie. Pendant leurs échanges épistolaires, elle lui avait confié qu’elle avait été, selon ses propres dires, « montée à l’envers », prenant bien plus de plaisir par son fondement que par n’importe quel autre endroit. Le fait est que son anus était déjà très ouvert sans qu’il eut été nécessaire de le toucher. Elle étouffa à peine un cri de soulagement d’être ainsi partiellement comblée. Quand il retira ses doigts, quelques secondes à peine après les y avoir introduit, il sentit sa frustration. Elle frappa du pied en signe de dépit d’être ainsi abandonnée.
Il revint près de la table ronde au plateau en verre sur laquelle était placé le seau à champagne et l’autre flûte.
Vous avez soif ?, lui dit-il en lui tendant l’autre verre en souriant.
Elle sourit à son tour et fit quelques pas dans sa direction.
Ta ta ta ta, l’interrompit-il. Pas comme ça. Si vous avez soif, il faut venir à moi à quatre pattes.
Vite, la suite.

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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