Ca a existé, épisode 2

A l’heure dite, elle était là, dans le couloir de son appartement, derrière sa porte.
Elle venait de passer deux heures dans le métro, un train de banlieue et enfin un bus, en porte-jarretelles, seins nus, sous son trench noir beaucoup trop court pour ce périple. Il lui avait imposé cette condition. Ca l’avait terrorisée, mais elle aimait sa poigne, son autorité, cette assurance qu’il manifestait dans leurs échanges de mails depuis plusieurs jours.

Elle tremblait de partout, le voyage avait été éprouvant. Elle ne savait plus où se mettre, elle avait l’impression que tout le monde la regardait et savait ce qui se tramait et la musique électro dont elle s’assourdissait les oreilles pour se donner une contenance ne l’empêchait pas d’être terrifiée à l’idée d’être importunée par des gros lourds. Mais seul un couple avait deviné sa tenue à la faveur de ses jambes croisées qui laissaient largement apparaître la couture de ses bas. Ca les avait fait sourire. Elle, beaucoup moins.

Elle était arrivée sans encombre et se trouvait maintenant derrière sa porte.
Entre eux, ç’avait été un coup de foudre. Epistolaire d’abord, aussi puissant qu’un shoot d’héroïne, une putain de claque à travers la gueule, aussi.
Ils s’étaient rencontrés avant de se rencontrer, par l’intermédiaire de leur blog respectif. Elle venait de créer le sien, avec des intentions clairement affichées, dictées par sa passion pour la fessée et les rapports un peu… féroces. Quand il avait découvert son existence, il a bien cru qu’elle l’avait créé à son intention tant il se reconnaissait dans sa quête. Alors il avait déployé son arsenal de bons mots, brandi et déployé son drapeau, ses couleurs, ses armoiries. Et elle lui avait répondu.
196 mails. En moins de 10 jours. Ils s’étaient envoyés 196 mails avant de se rencontrer. Un coup de foudre épistolaire d’une folle intensité, totalement déraisonnable car ni lui ni elle ne savaient à quoi l’objet de leurs désirs ressemblait. Aucune photo échangée, rien qui leur donne une idée de ce à quoi ils ressemblaient. Et il n’était pas question qu’ils le sachent avant le jour J. Ils ne se connaissaient qu’à travers les mots qu’ils avaient échangé.
Comme pour compenser cette absence d’information visuelle, comme pour donner corps à la personne qui était à l’autre bout de l’écran, ils s’étaient promis de s’écrire en toute transparence, de se dévoiler l’un comme l’autre. Sans fausse pudeur, sans voile, ils avaient confié leur trésor à l’autre, avaient partagé tant leurs désirs que leurs peurs, leurs oui, leurs non. Ils s’étaient autorisé une véritable mise à nu, confortablement planqués derrière leur écran d’ordinateur et l’anonymat de la Toile. Et plus ils osaient se montrer tels qu’ils étaient, plus il recevaient le cadeau de sentir à quel point ils vibraient sur la même fréquence.
A travers leur correspondance, le désir de se rencontrer s’était rapidement imposé, sans préliminaire, comme une évidence. A la réflexion, tout dans cette histoire était évident, s’imposait de soi, naturellement. Elle fantasmait sur cet homme qui affichait sur son blog des postures très dominatrices. Elle avait tout lu de lui, sa façon de dresser ses partenaires la faisaient fantasmer, les photos qu’il avait publiées l’excitaient terriblement. Et elle s’était laissée prendre au jeu des mots. Lui avait envie de prendre soin de sa passion pour la fessée, il voulait la malmener avec toute la bienveillance qui était la sienne. Elle aspirait à trouver un maître qui saurait la dominer et révéler la soumise en elle. Il pensait n’être né que pour ça. Il avait pris cette rencontre tellement à coeur qu’il avait remis un peu d’ordre dans sa vie pour pouvoir mieux l’accueillir. Il savait qu’elle prendrait toute la place. Il le savait avant même de la rencontrer. Alors il avait prévenu les partenaires qu’il voyait régulièrement qu’il était sur le point de faire une rencontre déterminante, et qu’il avait l’intention de lui faire toute la place, en espérant qu’elles comprendraient.
Il avait senti que V. l’accaparerait tout entier, mais il était loin de se douter qu’il irait jusqu’à remettre en cause certaines de ses convictions pourtant puissamment ancrées. Il n’allait pas tarder à réaliser que pour effectif qu’il soit, ce grand ménage dans sa vie serait loin d’être suffisant. A suivre.
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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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