Je ne vous connais pas

Je ne vous connais pas madame. Je ne sais rien de vous. Pour tout vous dire, et pour l’heure, je n’ai même pas encore eu vent de votre existence.

Je ne connais ni votre âge, ni la couleur de votre peau. Ni vos mensurations ni votre passé. Je ne connais pas encore le timbre de votre voix ni les traits de votre visage. Je ne sais encore pas si vos yeux étincellent lorsque vous êtes amoureuse ou si vous vous pincez la lèvre inférieure lorsque vous êtes gênée. Je ne sais pas si vous sentez bon ou si votre peau est douce et ornée de grains de beauté sur votre ventre. Je ne sais pas ce que vous prenez pour votre petit déjeuner ni de quels traumatismes vous avez souffert, que vous avez su dépasser. Je ne sais rien des leçons que la vie vous a apprises ni quels enseignements vous avez offert aux hommes que vous avez rencontré avant moi. Savez-vous danser ? Aimez-vous vous vautrer dans l’herbe fraîchement tondue pour en apprécier l’odeur ? Faites-vous attention à ne pas écraser les pâquerettes lorsque vous traversez une allée gazonnée ? Etes-vous touchée ou agacée par un homme qui pleure ? Etes-vous rêveuse ? Tout cela je n’en sais rien. Pourtant, vous existez.

Vous êtes plus de 3 milliards sur cette planète, plusieurs millions à évoluer dans le pays où j’habite, plusieurs centaines de milliers à vivre à 1 km autour de moi et plusieurs centaines à passer près de moi chaque jour. Peut-être nous sommes-nous déjà frôlés. Peut-être même nous sommes-nous croisé.

Un jour, c’est fatal, c’est écrit, c’est ainsi : nous nous rencontrerons. Ce jour-là, quelque chose que nous aurons vu en l’autre nous donnera envie de nous revoir. Sans qu’on sache quoi. Et c’est très bien ainsi.
Non madame, je ne vous connais pas. Pas plus que vous ne me connaissez.

Mais je vous promets une chose : je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, je déploierai tout mon arsenal, quitte à brouiller les pistes, pour retarder l’inéluctable moment où chacun de nous pourra dire : « Je la/le connais. » Parce que j’ai remarqué que c’est quand on découvre l’autre qu’on le quitte. C’est comme ça que font les gens. Inévitablement, immanquablement, sans même nous en apercevoir, nous projetons sans cesse sur l’autre. Nous plaquons sur lui nos espoirs, nos attentes, nos rêves, nos peurs, nos désirs. Nous projetons et nous prenons nos projections pour la réalité, aveuglés que nous sommes par le désir, voire parfois même par l’amour.

Et puis un jour, les masques tombent. Les projections qu’on fait sur l’autre finissent par se heurter à sa réalité. Le temps de la lune de miel laisse alors la place au temps du grand nettoyage. Après l’extase, la lessive.

Et ce jour-là, l’amour a rarement droit de cité.

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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