Ce que je suis convient

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Déconstruire tout ce que j’ai toujours su ou cru savoir sur le sexe, l’amour, les femmes, les hommes, sur moi. Détricoter mes idées reçues à propos de la vie, de la loyauté, des émotions. Défaire mes croyances concernant l’abandon, la fidélité, le pardon. Tordre le cou à mes a priori sur le couple, la colère et l’engagement. Accueillir les regrets et la culpabilité. Etreindre la peur panique et le manque d’elle, accompagner les contractions dans mon ventre, laisser couler les larmes, entendre l’écho de mes hurlements et le vacarme de ses silences. Embrasser l’envie d’en finir, me sentir soulagé de comprendre que j’en ai le droit. Mettre mes affaires en ordre, faire la paix et attendre la fin.
M’alléger.
Déchirer tout ce qui avait été méticuleusement tissé. Souffler sur les châteaux de cartes comme autant d’identités que j’avais parfois mis des dizaines d’années, voire des centaines et des centaines, à construire. Ou juste 24 mois.
M’alléger encore.
Reconnaître ma prétention à m’être cru un meilleur homme que les autres hommes, un meilleur amant que ses amants, un meilleur amoureux, un meilleur compagnon. Réaliser à quel point je faisais peser sur elle, et tant d’autres avant elle, la responsabilité de mon propre bonheur.
Brûler ça et sentir que quelque chose commence à s’alléger.
Me lever tous les matins pendant quatre mois avec comme seul et unique objectif d’être encore en vie le soir.
Et, le soir venu, célébrer cette putain de petite victoire.
Ca va aller mon gars, ça va aller.
Et remettre ça le lendemain. Me relier aux arbres.
Observer ce manque d’humilité qui me faisait croire que la guerre des sexes ne passerait plus par moi sous prétexte que « vous comprenez, je travaille sur moi ». Et réaliser après coup que j’en avais écrit un putain de nouveau chapitre.
Reconnaître que je suis de ces hommes qui ont brisé ses rêves. Reconnaître que je n’ai pas su prendre soin d’elle et que je l’ai saccagée. Non, je ne suis pas un mec bien. Essayer de me le pardonner. Dégueuler mes prétentions.
Me regarder en face et réaliser que je suis un homme qui a demandé à la femme qu’il aime de faire disparaître le bébé qu’elle portait dans son ventre.
Tenter de me le pardonner. Ne pas y arriver. Me relier encore aux arbres. Tenter de me le pardonner. Ne pas y arriver. Dégueuler encore. Tenter de me le pardonner 100 fois. Y renoncer 100 fois parce que c’est inconcevable. Me relier encore et encore aux arbres. Faire face à ma lâcheté, ma médiocrité, ma couardise, mon manque d’audace, de courage et de foi. Affronter mes peurs, descendre à la cave, là où il fait bien sombre et bien froid et regarder mes peurs en face. Observer qu’elles se dégonflent comme des ballons de baudruche et finir par me pardonner.
Commencer même par m’aimer un peu.
Retourner voir les arbres.
Me souvenir que ce qui a un jour fusionné ne peut pas défusionner. Accepter que je l’aime encore et que je l’aimerai toujours même si feu le héros de sa sensualité est devenu son ennemi intime numéro 1. Persona non grata dans son univers.
Me souvenir que du premier jour à aujourd’hui je n’aurai eu que de l’amour pour elle. Et que j’en ai encore. Et que ça n’est plus un problème de vivre avec ça.
Me souvenir du vent dans les arbres ce jour-là.
Oser me donner de plus en plus à moi-même cet amour qui me déborde.
Mieux : me sentir parfois amoureux sans que cet amour ne se porte sur quelqu’un de précis.

Alors si cet amour est sans objet, peut-être que je peux l’adresser à toutes les femmes que j’ai aimées et qui m’ont aimé. Parce que, chacune à leur manière, ont participé à faire de moi l’homme que je suis aujourd’hui en m’obligeant à trouver en moi les ressources pour faire face à ce qui était là. Et changer ce qui avait tellement besoin de changer en moi. Alors à chacune d’entre elles : merci. Du fond du cœur : merci parce qu’aujourd’hui je vois à quel point chacune d’entre vous aura été une contribution à ma vie.

Et peut-être que je peux agrandir encore un peu plus le champ de ma conscience et envoyer cet amour à la lignée d’hommes à laquelle j’appartiens. Mon père, le père de mon père, le père du père de mon père, etc, etc, etc. Parce que peut-être qu’à travers moi ils guérissent et s’allègent.

Et envoyer cet amour à mes propres enfants pour qu’ils ne soient pas obligés de prendre sur leurs épaules une charge qui ne leur appartient pas.

Et enfin, revenir vers elle. Elle qui m’a tant aimé, elle qui m’a tant fait souffrir, elle qui aura été une initiatrice, à sa façon. Elle qui m’aura permis de rencontrer mes creux d’ombres et qui m’aura donné cette géniale occasion d’enfin les embrasser et les aimer, ces monstres hideux qui se cachaient dans ma cave.

Me réjouir de la deviner aujourd’hui heureuse, même si son bonheur ne passe plus par moi. Aimer jusqu’à ses silences. Me connecter aussi souvent que possible à cette réalité où nous sommes toujours en lien. Et où c’est savoureux, joyeux, inouï, profond ET léger. Devenir pour moi le bon compagnon que, riche de ces prises de conscience, je pourrais être pour elle, qui n’en a probablement rien à foutre.
Retourner voir les arbres et les remercier.

Et puis, un matin, contempler la coquille presque vide que je suis devenu, libéré de tellement d’identités, de rôles et de masques que je ne sais plus trop qui je suis aujourd’hui. Remisés au placard les costumes usés jusqu’à la corde, brisés les masques derrière lesquels je me cachais depuis si longtemps que j’ai cru qu’ils étaient moi, brûlées les croyances qui n’ont plus lieu d’être et auxquelles je me suis identifié. Elles prenaient tellement de place en moi qu’aujourd’hui que je m’en suis enfin débarrassé, je ne sais plus qui est cet inconnu qui me fait face tous les matins dans la glace de ma salle de bain. Jeter un coup d’œil rapide au post-it collé sur le miroir qui me rappelle que « Ce que je suis convient ».
Ce que je suis convient. M’en persuader.
Ce que je suis convient. Le savoir.
Ce que je suis convient. Le vivre.
Alors accueillir mon cœur qui bat toujours, qui pleure parfois et qui ne demande qu’à se remplir encore.

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A propos tantramant

Connectés à mon coeur, enracinés dans mon ventre, les mots sont le miroir de mon âme. Parfois sensuels, souvent féroces, toujours sincères.
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