chapitre 5 : interlude silencieux

silenceIl y a des silences qui portent en eux un potentiel érotique qu’on ne soupçonne pas tant qu’on ne les as pas vécus au moins une fois. La première fois que ça m’est arrivé, c’est lorsque j’ai rencontré Antonietta, une africaine hors du commun. Elle portait en elle deux passions a priori antinomiques qui l’obligeaient à un improbable grand écart entre une carrière d’ex gogo danseuse, qui avait achevé de donner à son corps des formes sculpturales, et une ferveur sincère et authentique pour… la religion catholique, avec tout ce qu’elle peut véhiculer comme inhibitions et refoulements, mais qu’elle pratiquait pourtant avec assiduité. Mélange explosif s’il en est. Beaucoup de libertins, qu’ils en soient conscients ou pas, s’adonnent à la luxure avec une arrière-pensée revancharde eu égard à cette morale judéo-chrétienne qui les a plus ou moins intensément étouffés, bridés, contrôlés. Ils s’envoient en l’air en faisant un joyeux bras d’honneur aux principes religieux qu’ils ont subi plus ou moins longtemps. Antonietta, elle, pratiquait l’un et l’autre avec bonheur et application. Il faut dire qu’elle était d’une souplesse extrême.

périphJ’allais la chercher, en voiture, à la sortie du cabinet comptable dans lequel elle travaillait, en plus du pressing dont elle était la gérante. Je m’arrangeais toujours pour stationner mon auto à proximité de l’immeuble où elle officiait, porte de Montreuil, de sorte que j’aie tout le loisir de la voir venir à moi. Ainsi, je l’observais sortir et marcher, lentement, et lorsqu’elle arrivait près de moi, je lui ouvrais la portière passager. J’ai toujours adoré faire ça. Ouvrir la porte de sa voiture à une femme, c’est un peu comme le vouvoiement : à la fois classe et désuet. Elle s’installait à bord, toujours lentement, comme si elle prenait le temps de décomposer chaque mouvement de son corps. Je crois bien que c’est elle qui m’a initié à la lenteur. Ca avait le don de me rendre dingue, moi qui suis si fougueux, impulsif et impétueux, de la sentir prendre son temps en toutes choses.

Une fois installée sur le siège, elle ajustait sa jupe, non sans s’être assurée que j’avais bien remarqué que les coutures de ses bas étaient visibles pendant quelques secondes, puis je refermais la portière derrière elle et faisais le tour de la voiture pour en prendre le volant. Le tout sans un mot et, parfois, sans même un regard vers elle. A force d’être sans cesse répété, ce petit manège savamment orchestré suffisait à lui seul à me faire bander. Elle me confia, après coup, qu’elle aussi, ce cérémonial l’excitait plus que de raison. Telle une chienne de Pavlov, elle s’était petit à petit conditionnée et cette situation qui, sur le papier, n’était pas particulièrement érotique, la mettait pourtant dans tous ses états.

Montreuil-Clichy par le périphérique extérieur. Aux heures de pointe, le parcours prenait une bonne heure, et jamais nous n’échangions un traître mot durant le voyage. Ce trajet prenait pour moi des allures de revanche. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que durant de longs mois il m’avait été impossible d’emprunter cette portion du périph’ sans pleurer toutes les larmes de mon corps. Mais c’est une autre histoire.

Ce silence entre Antonietta et moi n’avait jamais rien de pesant, encore moins d’irrespectueux. Il s’était imposé comme une étape à part entière de notre rituel. Il était habité du souvenir de nos étreintes précédentes, de leur férocité, auxquelles s’ajoutaient le plaisir de nos retrouvailles et l’intensité de nos envies du moment. L’air se chargeait d’électricité, ce silence créait une tension érotique, impalpable mais bien réelle, emplissait l’habitacle de ma voiture et allait en augmentant à mesure que nous arrivions chez moi. Pour finir par exploser violemment une fois les portes de mon appartement refermées sur nos corps affamés. A suivre

Tout a commencé ici

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