chapitre 2 : la découverte

Trois mois plus tôt, en novembre, je découvre une photo, parmi les profils mis en avant sur la page d’accueil d’un site de rencontres par internet. Je n’ai pas pour habitude de contacter des femmes aussi jeunes, elle a 28 ans. Mais cette photo, en tête de gondole, pique ma curiosité : gros plan sur une main posée sur un drap blanc. Pour un site de rencontres libertines, c’est à tout le moins atypique. Et ça tranche avec la majorité des profils qu’on trouve sur ce site, qui font davantage penser à des étals de boucherie qu’à des profils de gens que j’imaginais raffinés, élégants, sensuels. D’abord une photo de sa main. Ensuite, un clic plus tard, les mots de sa fiche de présentation. Des mots qui m’interpellent, comme semblant s’adresser directement à moi. Des mots qui trahissent un caractère bien affirmé, qui parlent de jeux, d’audace, de provocation, de légèreté et de profondeur. Elle est jeune, mais dans ses mots un aplomb, une maturité, une assurance rares.
Aussitôt, je déploie tout l’arsenal qui est le mien en matière de rencontres virtuelles. Je suis certes novice sur ce genre de site très orienté, mais pas né de la dernière pluie s’agissant de rencontres virtuelles. Je lui écris sans savoir, à l’époque, que sur ce genre de sites un profil de femme seule fait en moyenne face à ceux de 30 ou 40 hommes « seuls », et qu’il suffit à ces femmes de secouer le cocotier pour qu’en tombent 10 ou 15 Apollon 100 fois mieux gaulés que moi. Difficile, dans cette jungle, de sortir du lot et de faire valoir ses propres atouts. Aussi, la probabilité qu’elle ouvre mon mail, qu’elle le lise et que mes mots lui plaisent est proche de celle de la température de l’azote liquide (- 195,79°C, pour ceux que ça intéresse). Et quand bien même elle ouvrirait mon mail, il faudrait encore que mes mots la touche, qu’elle consulte mon profil, et qu’elle me réponde. Et quand bien même ce serait le cas, j’aurais sans doute affaire à l’une de ces nombreuses princesses rendues capricieuses parce qu’elles reçoivent 50 mails par jour. Mais tout ça, je ne le savais pas. Aux innocents les mains pleines. Ce soir-là, il y avait quelque chose dans l’air. Un je-ne-sais-quoi de « tout est possible ».
J’arrive par miracle à la contacter via le chat du site. Sur cette plateforme, quand on reçoit un message, la fenêtre de dialogue se met à clignoter pour vous signifier qu’un membre cherche à vous parler. Là encore, je ne le savais pas mais lorsqu’on est une femme seule, le chat sur ce genre de palteformes ressemble étrangement à la guirlande d’un sapin de Noël un 24 décembre. Et Dieu sait si ça clignote, une guirlande, un soir de Noël…
Bonsoir Tantramant. Non merci.
Quatre mots qui claquent comme autant de gifles bien senties. Sa réponse aurait pu me déstabiliser et mettre un coup d’arrêt à mes velléités de rencontre. Elle m’a déstabilisé, d’ailleurs. Mais ce soir-là, je ne sais pas, je crois que j’ai été inspiré.
Merci pour votre réponse. Si vous êtes cohérente avec vous-même, et je ne doute pas que vous le soyez, vous ne pouvez pas ne pas me rencontrer.
Développez.
30 minutes plus tard d’un quasi monologue ponctué de quelques demandes d’éclaircissement, ma démonstration (avec introduction, développement, conclusion) est faite qu’elle ne peut pas ne pas me rencontrer si elle fonctionne bien telle qu’elle le prétend. Sa réponse ne se fait pas attendre, tout aussi expéditive.
OK. Vous m’avez convaincue. Rencontrons-nous. Ce soir. 21h00. A Bois-Colombes.
– Entendu. Je vous emmène dîner. Ah : je serai à moto. Je prends un casque pour vous.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s