Le goûter

« Invite-nous à un goûter léger, elle fera le service. »
Des mots laconiques lâchés comme une évidence. L’idée était tellement simple qu’il sut immédiatement que c’était la bonne.

Dimanche 30 novembre, à 16h15.
Elle était là, maintenant, plantée dans le salon de son maître, les mains dans le dos, perchée sur des talons hauts qui imprimaient à ses hanches une courbure parfaite, uniquement drapée de sa dignité de femme bientôt offerte aux regards des convives qui ne tarderaient plus à entrer.
Elle était nue, elle avait peur. Pourtant, elle avait envie de pouffer de rire. C’était sa façon à elle de dompter le trac abominable qui montait en elle. Dans son plus simple appareil, elle se sentait mal à l’aise, grotesque, tous les complexes liés à la perception erronée de son propre corps remontaient à la surface. Elle se croyait moche, disgracieuse, au mieux banale, il avait décidé de lui prouver le contraire par A+B. Et par amour.
Elle savait qu’elle ne devait en aucun cas se mettre à rire face aux convives. C’était l’assurance d’être humiliée en public : il n’hésiterait pas une seconde à la recadrer brutalement. Ca n’est pas tant les taloches qu’elle redoutait le plus. Au contraire, être giflée l’avait toujours excitée. Elle avait besoin d’être contenue, maîtrisée, cadrée. Elle craignait de le décevoir. Il l’avait prévenue, il voulait qu’elle ait une tenue irréprochable parce que sa réputation à lui était en jeu. Elle devait tenir son rôle de domestique coûte que coûte, elle savait qu’elle était en service, et à la disposition des invités le temps de cette après-midi.
Quelques jours auparavant, l’annonce de ce goûter, et du rôle qu’elle devait y jouer, l’avait faite frémir d’excitation. L’idée d’être utilisée, en conscience, l’excitait plus que de raison. Elle avait été par le passé tant de fois manipulée par des discours faussement romantiques, abusée par des mots qu’elle voulait tellement entendre au point de ne pas en saisir la nature fallacieuse que, pour une fois, elle désirait être utilisée en toute connaissance de cause. Mais maintenant qu’elle était en place, elle était terrifiée. Serait-elle à la hauteur des attentes de son maître ? A suivre

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Un commentaire pour Le goûter

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