Le goûter (4)

Dimanche 30 novembre, 17h14.
Julie traversa le couloir avec les vêtements des invités sur les bras, qu’elle alla déposer dans la penderie, à l’entrée de l’appartement. La situation qui, initialement, l’inquiétait, commençait à lui plaire. Elle se sentait de plus en plus à son aise dans la peau de cette domestique, embauchée pour servir nue les invités du maître des lieux.
Elle se souvint que ça n’avait pourtant pas toujours été le cas…

Vendredi 24 octobre 10h29.
Dans l’enveloppe  scotchée sur la porte d’entrée, en plus du bandeau en cuir noir, elle trouva une lettre tapée à la machine. Elle avait espéré qu’elle fut écrite à la main, ce qui lui aurait donné des indices sur la personnalité de celui chez qui elle s’apprêtait à pénétrer. Mais non, des lignes de caractères froids, impersonnels. Décidément, cet homme avait un goût prononcé pour la dissimulation.

Julie,
Je vous remercie d’avoir eu l’audace de vous présenter à la porte de ma tanière. Selon les termes de notre accord, c’est les yeux bandés que vous pénétrerez sur mon territoire. En franchissant cette porte, ayez bien conscience que vous abdiquez toute volonté propre. D’une certaine manière, vous ne vous appartiendrez plus. Le temps que vous passerez dans mon intérieur, vous serez à moi, en totalité, soyez-en consciente. Sans aucune concession ni négociation possible. Vous avez encore le choix de rebrousser chemin. Mais lorsque vous ouvrirez cette porte et qu’elle se refermera derrière vous, il sera trop tard. Vous n’aurez d’autre choix que de lâcher prise et de vous abandonner à ce qui vous attend. Prenez tout le temps dont vous avez besoin pour prendre cette décision. Elle n’est pas anodine. Prenez également le temps de vous poser cette question : suis-je prête à vivre cette expérience ? Si c’est le cas, je vous demande de poser ce bandeau sur vos yeux, d’ouvrir la porte, d’entrer et de la refermer derrière vous.

En réalité, son choix était déjà fait. Et de toutes façons, il n’était pas question de rebrousser chemin. D’abord parce qu’elle venait de loin, ensuite parce que si elle pointait le bout de ses talons dans l’escalier, l’ouvrier qui l’avait agressée aurait tout le loisir de reprendre là où il avait été interrompu, enfin parce qu’elle était bien trop curieuse.
Elle posa le bandeau sur ses yeux, ouvrit la porte et s’appuya contre elle après l’avoir refermée. Elle n’eut pas le temps d’avoir peur. A peine s’était-elle adossée contre la porte qu’il était déjà là. Sans doute devait-il l’attendre juste derrière.
D’emblée, elle sentit une main s’appuyer sur le haut de sa poitrine, comme pour annoncer une présence et lui intimer l’ordre de ne pas bouger. Son cœur battait à se rompre. Il fit tomber son pardessus au sol. Elle était désormais quasiment nue face à lui. Elle se retrouva bientôt les deux poignets immobilisés au-dessus de sa tête d’une main tandis que l’autre, déjà, semblait faire le tour du propriétaire… Il effleurait ses joues, glissait dans son cou, parcourait ses épaules. Si elle ne pouvait pas voir où se dirigeait son regard, elle pouvait sentir son souffle dans son cou, sur son visage, entre ses seins. Il la reniflait comme un animal. Elle tremblait sur ses jambes et respirait fort. Lui, il prenait la mesure du corps de cette femme, en savourait les courbes, s’amusait de ses tremblements, s’en émouvait, découvrait son énergie et la texture de sa poitrine, sa réactivité, souriait des frissons qui le parcouraient lorsqu’il pinçait la pointe de ses seins ou que le dos de sa main effleurait son ventre ou griffait son dos. Elle, elle s’habituait petit à petit à ces attouchements. Ils étaient doux, très doux, non intrusifs, en tout cas pas autant qu’elle le redoutait. Elle avait envie qu’il aille plus loin, elle ne contrôlait déjà plus les mouvements de son bassin. Il s’était collé à elle, la coinçant entre son corps et la porte d’entrée, de sorte qu’elle sentait son sexe enfler à travers son pantalon. Elle chercha ses lèvres, elle voulut l’embrasser à pleine bouche pour se connecter à lui, mais elle ne trouva que le vide.
Il se recula et emmena sa proie dans le salon. Sans un mot, il la fit s’allonger sur un futon et attacha ses mains à des chaînes. Elle avait désormais les bras en croix.

– Vous aviez promis de ne pas m’attacher, l’implora-t-elle.
– Chttt, trop tard. Je dispose de toi comme bon me semble désormais.

Elle essaya de se libérer de ces chaînes mais elle était solidement entravée. Prise au piège, victime de sa curiosité. Elle était tombée chez un détraqué, c’était sûr, et elle allait finir en morceaux dans une poubelle. Déjà elle entrevoyait son épitaphe : « Elle qui avait toujours rêvé de voyager, elle a fini éparpillée. » A suivre

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